
Contrairement à une idée reçue, le stage en juridiction n’est pas l’avantage que vous croyez : c’est un test qui augmente drastiquement l’exigence du jury à votre égard.
- Le jury pardonne beaucoup moins les erreurs techniques à un candidat qui a vu la machine judiciaire de l’intérieur.
- Votre posture, votre recul et votre maturité professionnelle sont évalués autant que vos connaissances théoriques.
Recommandation : Apprenez à transformer chaque expérience, même minime, en une démonstration de maturité professionnelle, et non plus simplement en une ligne sur votre CV.
La préparation aux concours de la magistrature ou des greffes est un marathon. Chaque candidat s’efforce de polir son CV, de maîtriser des pans entiers de la procédure civile et pénale, et d’accumuler les connaissances. Dans cette course, une ligne semble faire l’unanimité : le stage en juridiction. C’est le Graal, la pièce maîtresse censée faire la différence. On vous le répète : cela démontre votre motivation, vous donne un aperçu du « terrain » et vous fournit de la matière pour le grand oral. Tout cela est vrai, mais c’est une vision incomplète, et donc dangereusement naïve.
En tant que greffier en chef, j’ai vu défiler des dizaines de stagiaires, brillants et pétris de connaissances théoriques. J’ai aussi participé à des jurys et échangé avec des magistrats recruteurs. Laissez-moi vous donner une perspective de l’intérieur. Le stage juridictionnel n’est pas un simple bonus. C’est un changement de statut. Aux yeux du jury, vous n’êtes plus seulement un étudiant en droit ; vous êtes un pré-professionnel, quelqu’un qui a franchi la porte du tribunal et observé le « cœur du réacteur ». Et cette nouvelle étiquette a une conséquence majeure : le niveau d’exigence à votre égard explose.
Et si ce fameux stage, loin d’être un joker, était en réalité une épreuve de crédibilité ? Si, au lieu de vous faciliter la tâche, il vous exposait à des questions plus pointues et rendait la moindre maladresse impardonnable ? C’est précisément cet angle, souvent ignoré, que nous allons explorer. Cet article n’est pas un énième plaidoyer pour les stages. C’est un guide stratégique pour comprendre les nouvelles attentes que votre expérience génère, et pour transformer cet « atout » potentiel en un avantage réel et décisif le jour de l’oral. Nous verrons comment votre comportement en stage peut influencer un jury, comment structurer vos anecdotes pour qu’elles aient un impact maximal et, surtout, comment incarner la posture d’un futur magistrat, et non plus celle d’un simple candidat.
Pour vous guider dans cette démarche stratégique, cet article est structuré pour répondre aux interrogations fondamentales que soulève une expérience en juridiction. Vous découvrirez pourquoi les attentes du jury changent, comment sécuriser une telle expérience même sans réseau, et comment la valoriser concrètement face à des candidats au profil académique impressionnant.
Sommaire : Le guide stratégique du stage en juridiction pour l’oral du concours
- Pourquoi le jury pardonne moins les erreurs techniques aux candidats ayant fait un stage ?
- Comment décrocher un stage en tribunal sans piston ni réseau familial ?
- Tribunal ou Cabinet d’avocats : quelle expérience valorise mieux un profil de futur juge ?
- L’erreur de comportement en stage qui peut vous griller auprès des futurs jurys
- Comment transformer ses notes de stage en anecdotes percutantes pour l’oral ?
- Juge ou Avocat : quel métier correspond à votre éthique personnelle ?
- Comment exploiter les partenariats des IPAG pour obtenir des stages exclusifs ?
- Comment maximiser ses chances à l’ENM face à des candidats surdiplômés ?
Pourquoi le jury pardonne moins les erreurs techniques aux candidats ayant fait un stage ?
L’idée qu’un stage en juridiction est un avantage pur est une illusion. En réalité, il opère un changement de statut fondamental à votre égard. Sans cette expérience, vous êtes perçu comme un pur théoricien ; le jury peut faire preuve d’une certaine indulgence face à une méconnaissance des aspects les plus pratiques ou de la « culture de l’audience ». Mais une fois que votre CV mentionne un passage en tribunal, vous êtes investi d’une présomption de connaissance pratique. Le jury ne vous voit plus comme quelqu’un qui *imagine* le fonctionnement de la justice, mais comme quelqu’un qui l’a *observé*. Dès lors, une erreur sur le rôle du greffier, une confusion sur le déroulement d’une audience correctionnelle ou une question naïve sur la tenue d’un délibéré n’est plus une simple lacune, c’est une incohérence. C’est la preuve que vous étiez présent physiquement, mais absent intellectuellement.
Cette attente accrue est parfaitement logique. Avoir été stagiaire signifie que vous avez eu l’opportunité unique de passer de la théorie à l’observation directe. Comme le souligne un auditeur de justice, le stage en juridiction est au cœur de la formation, un temps précieux passé « au cœur du réacteur ». Cette immersion est censée vous transformer d’étudiant en quasi-praticien, vous forgeant une première compréhension des dynamiques humaines, des contraintes matérielles et des rituels judiciaires. Le jury s’attend donc à ce que vous ayez développé un certain bon sens procédural et une maturité professionnelle. Une réponse qui trahit une vision purement livresque du droit devient alors suspecte : soit vous n’avez pas été curieux pendant votre stage, soit vous n’avez pas su en tirer les leçons. Dans les deux cas, cela envoie un signal négatif sur votre capacité d’apprentissage et d’adaptation, des qualités pourtant essentielles pour un futur magistrat.
En somme, le stage ne vous donne pas un droit à l’erreur, il vous le retire. Il vous oblige à élever votre niveau de jeu et à prouver que votre expérience n’est pas qu’une ligne sur un CV, mais une véritable plus-value intellectuelle et humaine.
Comment décrocher un stage en tribunal sans piston ni réseau familial ?
L’idée que les portes des tribunaux ne s’ouvrent qu’aux « fils et filles de » est un mythe tenace qui paralyse de nombreux candidats méritants. S’il est indéniable qu’un réseau peut faciliter les choses, son absence n’est absolument pas un obstacle insurmontable. La clé réside dans une démarche proactive, méthodique et personnalisée qui démontre votre détermination, une qualité que les magistrats et greffiers en chef apprécient particulièrement. Oubliez les envois de masse et les lettres de motivation génériques ; pour décrocher un stage sans « piston », il faut se comporter non pas en étudiant qui demande, mais en futur professionnel qui propose sa contribution.
La première étape est de cibler. Quel type de contentieux vous fascine ? Le droit de la famille, le pénal, le commercial ? Une candidature qui dit « je suis intéressé par tout » est une candidature qui ne dit rien. Identifiez une ou deux juridictions et, si possible, un service spécifique. Ensuite, menez votre enquête : qui est le Président du tribunal, qui est le Greffier en chef ? Ces informations sont souvent publiques. Votre lettre de motivation doit refléter cette recherche. Expliquez *pourquoi* ce tribunal et *pourquoi* ce contentieux. Montrez que votre démarche est réfléchie, pas aléatoire. C’est cette spécificité qui retiendra l’attention.

L’approche directe est souvent la plus payante. Un CV et une lettre impeccables, envoyés à la bonne personne, peuvent être suivis d’un appel respectueux au secrétariat de la présidence ou du greffe pour s’assurer de la bonne réception. Et surtout, la relance systématique, mais courtoise, est essentielle. Elle témoigne de votre persévérance. Une candidature bien préparée et une motivation palpable sont des atouts bien plus puissants qu’un nom de famille connu. C’est la preuve que vous avez déjà les qualités d’initiative et de rigueur attendues dans nos métiers.
Finalement, un stage obtenu par la seule force de votre conviction aura encore plus de valeur, car il racontera déjà une histoire sur votre caractère avant même que vous n’ayez mis un pied dans le tribunal.
Tribunal ou Cabinet d’avocats : quelle expérience valorise mieux un profil de futur juge ?
C’est une question stratégique que beaucoup de candidats se posent. Pour y répondre, il faut comprendre ce que le jury de l’ENM cherche à évaluer : non pas seulement un futur technicien du droit, mais un futur décideur doté d’impartialité. La différence fondamentale entre un stage en tribunal et un stage en cabinet d’avocats réside dans la perspective qu’ils offrent sur le « triangle délibératif » : le Juge, les Parties (représentées par leurs avocats), et la Loi. Le cabinet d’avocats vous place au pôle des « Parties ». Vous apprenez à construire un dossier, à développer une argumentation partiale pour défendre des intérêts spécifiques. C’est une expérience extrêmement formatrice pour comprendre la stratégie, la psychologie d’un client et la fabrication d’une « vérité » de partie.
Le stage en juridiction, à l’inverse, vous positionne au sommet de ce triangle. Vous êtes aux côtés de celui qui doit écouter les deux « vérités » proposées par les avocats, les confronter aux faits et à la loi, pour construire la vérité judiciaire. Vous développez une tout autre compétence : la posture d’impartialité, la méthode délibérative, le recul nécessaire pour ne pas céder à l’émotion ou au premier argument séduisant. Pour un futur juge, cette expérience est inestimable car elle est un aperçu direct de sa future fonction. Le tableau suivant synthétise ces différences de perspective, basées sur la philosophie même de la formation dispensée à l’ENM.
| Critère | Stage en Tribunal | Stage en Cabinet d’Avocat |
|---|---|---|
| Perspective acquise | Vision depuis le sommet du ‘triangle délibératif’ (Juge-Parties-Loi) | Vision depuis le pôle ‘Parties’, compréhension de la stratégie de défense |
| Compétences développées | Posture d’impartialité, responsabilité de la décision, méthode délibérative | Fabrication du dossier, psychologie du client, argumentation adversariale |
| Valeur pour le jury ENM | Expérience directe de l’environnement professionnel futur | Compréhension des biais argumentatifs et des stratégies des avocats |
| Durée typique selon l’ENM | 10 mois durant la formation initiale | Période dédiée dans le parcours de formation (70% de stages) |
| Idéal stratégique | La combinaison des deux expériences offre une vision à 360° hautement valorisée par le jury | |
Alors, quelle expérience est la meilleure ? Pour un candidat se destinant à la magistrature, le stage en juridiction est sans conteste le plus aligné avec les attentes du concours. Il prouve que vous vous êtes déjà confronté à la posture et aux contraintes du siège ou du parquet. Cependant, l’idéal stratégique, et ce qui distingue les profils les plus solides, est d’avoir connu les deux. Un candidat qui a fait un stage en cabinet puis en tribunal démontre une vision à 360 degrés du procès. Il comprend non seulement comment une décision est prise, mais aussi comment elle est vécue et préparée en amont par les avocats. Il est capable d’analyser les stratégies argumentatives avec plus d’acuité. Cette double perspective est un signe de grande maturité et est extrêmement valorisée par le jury.
Si vous devez n’en choisir qu’un, privilégiez le tribunal. Mais si votre parcours vous le permet, la combinaison des deux fera de vous un candidat redoutable, car vous aurez compris le procès dans toutes ses dimensions.
L’erreur de comportement en stage qui peut vous griller auprès des futurs jurys
En tant que tuteur, j’ai vu des stagiaires académiquement brillants se saborder non pas par manque de connaissances, mais par des erreurs de comportement qui trahissent une profonde immaturité. Gardez à l’esprit que votre maître de stage peut, un jour, être membre d’un jury ou connaître quelqu’un qui y siège. Le monde judiciaire est petit. Une impression négative laissé en stage peut vous suivre bien plus longtemps que vous ne l’imaginez. Le jury ne cherche pas une encyclopédie juridique ambulante, mais une personnalité équilibrée, curieuse et capable d’endosser les lourdes responsabilités de la fonction. Voici les erreurs les plus rédhibitoires.
La première, et la plus fréquente, est ce que j’appelle « l’intellectualisation excessive ». Le stagiaire pose des questions théoriques pointues, cherche à briller par sa connaissance d’un obscur arrêt de la Cour de cassation, mais se désintéresse complètement de la dimension pratique et humaine des dossiers. Il ne s’interroge jamais sur la charge de travail du greffe, sur l’impact d’une décision sur la vie d’un justiciable, ou sur les difficultés concrètes de l’exécution d’un jugement. Ce comportement révèle un manque d’empathie et une déconnexion du réel, deux défauts majeurs pour un futur juge. La justice n’est pas un exercice de style, c’est un service public rendu à des êtres humains.
Une autre erreur subtile est la « rupture de confidentialité émotionnelle ». Au-delà du secret professionnel, qui est une évidence, il y a un devoir de réserve sur ses propres affects. Un stagiaire qui, en salle des délibérés ou au greffe, commente un dossier avec des termes trop personnels ou affectifs (« c’est vraiment dégoûtant », « cet avocat est un menteur ») montre son incapacité à maintenir la distance nécessaire à une analyse sereine et impartiale. Le jury cherche des personnalités capables de gérer leurs émotions face à des situations parfois très dures. Enfin, l’erreur de « l’invisibilité calculée » est tout aussi préjudiciable. Par peur de déranger, certains stagiaires restent passifs, ne posent aucune question et fuient toute initiative. Ce n’est pas perçu comme de la discrétion, mais comme un manque de curiosité, de personnalité et d’engagement. Le jury attend des candidats avec du relief, capables de se positionner et de questionner à bon escient.
Votre stage est votre première audition. Votre comportement, votre curiosité et votre humilité sont observés et en disent souvent plus sur votre potentiel de magistrat que n’importe quelle note obtenue à l’université.
Comment transformer ses notes de stage en anecdotes percutantes pour l’oral ?
Avoir vécu des situations intéressantes en stage est une chose ; savoir les raconter de manière impactante devant un jury en est une autre. Le jour du grand oral, le jury ne veut pas entendre un simple résumé de vos tâches (« j’ai assisté à des audiences et rédigé des projets de jugement »). Il veut que vous utilisiez une situation concrète pour démontrer une compétence, une qualité humaine ou une prise de conscience. Une anecdote n’est pas une histoire, c’est une démonstration. L’erreur classique est de décrire une situation sans en tirer de conclusion claire, laissant le jury se demander « et alors ? ». Pour éviter cet écueil, il faut structurer son récit.
La clé est d’adopter une méthode de narration qui met en lumière votre analyse. Prenez l’habitude, chaque soir après votre journée de stage, de noter non pas ce que vous avez fait, mais ce que vous avez appris, ce qui vous a surpris ou questionné. Ne vous contentez pas d’un « aujourd’hui, audience correctionnelle sur une affaire d’escroquerie ». Allez plus loin : « Quelle stratégie l’avocat de la défense a-t-il employée ? Pourquoi le procureur a-t-il posé cette question précise ? Quelle difficulté le juge a-t-il rencontrée pendant le délibéré ? Qu’est-ce que cela m’a appris sur la charge de la preuve ? ». C’est cette matière brute, riche en réflexions personnelles, qui formera la base de vos futures anecdotes.

Pour mettre en forme ces réflexions, la méthode STAR, bien connue en entretien d’embauche, est un excellent point de départ. Mais pour l’oral d’un concours juridique, je vous propose de l’adapter en méthode « STAR-J ». C’est une checklist simple mais redoutablement efficace pour vous assurer que votre anecdote est complète et percutante.
Votre plan d’action : la méthode STAR-J pour structurer vos anecdotes
- Situation : Décrivez brièvement le contexte de l’anecdote (type d’audience, de contentieux, moment du stage). Soyez concis, donnez juste les éléments essentiels.
- Tâche : Précisez votre rôle et ce qui vous était demandé ou ce que vous observiez dans cette situation.
- Action : Expliquez concrètement ce que vous avez fait, les décisions que vous avez prises, ou l’analyse que vous avez menée en direct.
- Résultat : Présentez l’issue de la situation (la décision du juge, une réaction des parties) et ce qui en a découlé.
- Double conclusion (J) : C’est le point clé. Tirez une leçon Juridique/technique (ex: « j’ai compris la nuance entre le dol et l’erreur ») ET une leçon Humaine/personnelle (ex: « j’ai réalisé le poids de la solitude du juge au moment de décider »). C’est ce double éclairage qui donne toute sa profondeur à votre récit.
Une anecdote bien menée selon ce schéma prouve non seulement que vous avez une expérience, mais surtout que vous avez la capacité d’analyse et le recul nécessaires pour en tirer des enseignements profonds, une qualité fondamentale pour un magistrat.
Juge ou Avocat : quel métier correspond à votre éthique personnelle ?
Au-delà des compétences techniques, le grand oral est aussi un moment où le jury sonde votre personnalité et votre système de valeurs. La question « Pourquoi vouloir devenir juge et non avocat ? » n’est pas une simple formalité. C’est un test pour évaluer la cohérence de votre projet professionnel avec votre éthique personnelle. Y répondre de manière convaincante suppose d’avoir mené une introspection sur ce qui distingue fondamentalement ces deux professions, non pas dans leurs tâches, mais dans leur finalité et leur déontologie. Avoir fait un stage dans l’un ou l’autre de ces environnements (ou les deux) vous donne une matière précieuse pour nourrir cette réflexion.
L’avocat et le juge ne recherchent pas la même vérité. L’avocat est au service de la vérité de son client ; son éthique est celle d’une partialité assumée et nécessaire à l’équilibre du débat judiciaire. Sa responsabilité première est engagée envers celui qu’il défend. Le juge, lui, est au service de la vérité judiciaire. Son éthique est celle de l’impartialité active. Il n’est pas neutre ou passif ; il doit écouter de manière équilibrée les deux partialités qui s’affrontent pour rendre une décision juste, au nom de la société. Sa responsabilité est donc engagée envers l’intérêt général. Comprendre et pouvoir articuler cette distinction est crucial.
Le tableau ci-dessous met en lumière les oppositions fondamentales dans la posture éthique de chaque profession, un point souvent abordé lors de la formation à l’ENM.
| Dimension éthique | Avocat | Juge |
|---|---|---|
| Nature de la vérité recherchée | Vérité du client / défense des intérêts particuliers | Vérité judiciaire / recherche de la décision juste |
| Périmètre de responsabilité | Responsabilité envers son client | Responsabilité envers la société |
| Posture professionnelle | Éthique de la partialité assumée (défense d’une partie) | Éthique de l’impartialité active (écoute équilibrée des parties) |
| Relation au justiciable | Relation de conseil et de représentation | Relation d’autorité et de décision |
| Engagement | Au service d’un client | Au service de l’intérêt général |
Votre choix pour la magistrature doit être justifié par une adéquation entre ces principes et votre personnalité. Aimez-vous l’idée de défendre une cause, de vous engager corps et âme pour une partie ? Le métier d’avocat est peut-être fait pour vous. Êtes-vous plutôt motivé par la recherche d’un point d’équilibre, par la responsabilité de trancher en pesant des intérêts contradictoires, par le service de l’institution judiciaire ? Alors la magistrature est une voie cohérente. Le jury attend que vous puissiez expliquer votre choix non pas en dénigrant l’autre profession, mais en montrant que vous avez compris l’essence de chacune et que vous avez identifié celle qui résonne le plus avec vos aspirations profondes.
C’est cette clarté sur votre « pourquoi » qui donnera à votre candidature sa force et sa sincérité, deux éléments que le jury saura reconnaître et apprécier.
Comment exploiter les partenariats des IPAG pour obtenir des stages exclusifs ?
Les Instituts de Préparation à l’Administration Générale (IPAG) et les Instituts d’Études Judiciaires (IEJ) ne sont pas seulement des centres de formation académique ; ce sont aussi des plateformes dotées de réseaux précieux, souvent sous-exploités par les étudiants. Se contenter d’attendre que l’administration affiche une liste d’offres de stage est une stratégie passive et peu efficace. Pour accéder aux opportunités les plus intéressantes, il faut adopter une démarche proactive et considérer les partenariats de votre institut comme un levier stratégique à actionner vous-même. Le stage est au cœur du projet pédagogique de la magistrature ; pour preuve, selon l’ENM, la formation des magistrats se compose à plus de 70% de stages et de mises en situation pratique. Cela montre à quel point l’acquisition d’une expérience de terrain est centrale, et justifie de s’investir pleinement dans sa recherche.
Une première stratégie consiste à vous positionner en « candidat ambassadeur« . Plutôt que de simplement demander un contact, proposez un marché gagnant-gagnant à l’administration de votre IPAG/IEJ. Engagez-vous à fournir un retour d’expérience détaillé et structuré à l’issue de votre stage, qui pourra servir aux futures promotions. Vous ne demandez plus seulement un service, vous contribuez à renforcer la valeur du partenariat pour l’institut. Cette posture professionnelle change radicalement la nature de votre demande. Une autre approche efficace est la « réactivation des anciens partenariats« . Les administrations sont parfois débordées et les contacts se perdent. Utilisez les annuaires d’anciens élèves ou des réseaux comme LinkedIn pour identifier où les étudiants des promotions précédentes ont effectué leurs stages. En revenant vers l’administration avec des noms de juridictions et de services précis, vous leur facilitez grandement la tâche pour réactiver des contacts existants.
Enfin, n’oubliez jamais le réseau professoral. De nombreux enseignants en IPAG ou IEJ sont également des praticiens : magistrats, avocats, hauts fonctionnaires. Ils constituent le réseau le plus direct et le plus qualifié. Ne les sollicitez pas à froid. Identifiez ceux dont la matière ou le parcours vous intéresse le plus, brillez dans leur cours, participez, posez des questions pertinentes. Ensuite, sollicitez un entretien pour discuter de votre projet professionnel. Une demande de mise en contact pour un stage, venant d’un étudiant qu’ils ont identifié comme sérieux et motivé, a infiniment plus de poids qu’un email anonyme envoyé à l’administration.
En agissant de la sorte, vous ne cherchez pas seulement un stage, vous démontrez déjà des compétences de stratège et de développeur de réseau qui sont précieuses dans toute carrière juridique.
À retenir
- Le stage change votre statut : le jury vous perçoit comme un pré-professionnel, ce qui augmente son niveau d’exigence et rend les erreurs pratiques moins pardonnables.
- La posture est reine : au-delà de la technique juridique, c’est votre maturité, votre curiosité, votre humilité et votre éthique personnelle qui sont évaluées pendant le stage et à l’oral.
- L’anecdote est une démonstration : utilisez la méthode STAR-J (Situation, Tâche, Action, Résultat, double conclusion Juridique & Humaine) pour transformer une simple expérience en une preuve de compétence.
Comment maximiser ses chances à l’ENM face à des candidats surdiplômés ?
La compétition pour intégrer l’ENM est féroce. Avec un taux de réussite global souvent autour de 10%, chaque détail compte. Face à des candidats bardés de Masters 2, issus de Sciences Po ou de prépas prestigieuses, il est facile de se sentir intimidé et de croire que la bataille se joue uniquement sur le terrain académique. C’est une erreur. Si un socle de connaissances solide est un prérequis non négociable, le jury cherche avant tout à recruter des personnalités, des futurs magistrats capables de jugement et de recul, pas seulement des têtes bien pleines. Votre expérience pratique, et notamment votre stage juridictionnel, est précisément l’arme qui vous permet de vous différencier et de faire la preuve de votre maturité.
Le jury attend de vous une réflexion personnelle et incarnée. Il ne s’agit pas de réciter des connaissances, mais de les mettre en perspective. Comme le rappelle l’équipe de Mission Magistrat, la discussion doit être d’un haut niveau, mais elle doit surtout révéler votre personnalité.
Le jury attend une vision argumentée, nourrie de lectures, d’actualités ou de débats contemporains. Il ne s’agit pas d’une récitation mais d’une discussion d’un niveau universitaire, dans laquelle il convient de montrer curiosité, esprit critique et capacité à structurer sa pensée.
– Mission Magistrat, Réussir les épreuves orales du concours d’accès à l’École Nationale de la Magistrature
Votre stage est la source principale pour nourrir cette « vision argumentée ». Il vous donne des exemples concrets pour illustrer un point de droit, une perspective humaine pour nuancer une approche trop théorique, et une légitimité pour parler du fonctionnement de la justice. Un candidat qui peut dire « Lors de mon stage au siège, j’ai été frappé par la difficulté de… » a immédiatement plus d’impact que celui qui se contente de dire « La doctrine estime que… ».
Profil des admis à l’ENM : l’expérience de terrain comme différenciateur principal
L’analyse du profil des promotions récentes de l’ENM le confirme. Dans son rapport sur la promotion 2025, l’École souligne que, pour les concours complémentaires, le jury a particulièrement valorisé les professionnels du droit justifiant d’une expérience qualifiante. Il est mentionné que « le jury a porté une particulière attention » non seulement aux connaissances, mais aussi aux « soft skills », à l’éthique et à la capacité à prendre du recul démontrées par l’expérience. Cela prouve que face à des CV académiques de plus en plus homogènes, c’est bien la maturité acquise sur le terrain qui devient le critère de départage décisif.
L’étape suivante, pour vous, n’est donc pas de vous lancer dans l’apprentissage d’un énième manuel, mais d’adopter dès maintenant cette posture réflexive. Analysez chaque expérience, aussi minime soit-elle, à travers le prisme de votre future fonction. C’est en incarnant déjà le magistrat que vous voulez devenir que vous convaincrez le jury que vous avez votre place à l’ENM.